Un ranch dans le désert… c’est ainsi que commença Las Vegas. Les années passèrent, les habitudes évoluèrent et le ranch devint un village qui s’étendit rapidement. Même si le temps passait avec une lenteur voulue par le climat aride du Nevada, il finissait par suivre l’évolution du monde, voitures, cars et trains remplaçant peu à peu le cheval, conduits sur les chemins creux par des visionnaires qui regardaient non le présent mais ce qui pourrait advenir…

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Parmi ces voyageurs se trouvait un gangster légendaire venu de Los Angeles, un petit malin aux allures de star de cinéma qui détestait son méchant surnom – Bugsy – rappel par trop appuyé, dans l’argot de l’époque son sale caractère.
 
A la place de ce hameau, Ben Siegel voyait déjà une ville scintillante comme un mirage avec des salles de jeu à la places des granges, des hôtels au lieu de cambuses. Il fit part de ses projets à d’autre – investisseurs qui lui servaient de prête-noms dans les affaires – et ces hommes d’affaires avisés eurent tôt fait de se fier à la bonne parole de Bugsy, ce qui les conduisit à la construction du célèbre Flamingo d’où allait partir le Strip, l’artère principale, peuplée de palaces et de rutilants casinos.
 
Mais l’espoir est souvent tempéré par la déconvenue et ce fut le cas de Ben Siegel. Les membres de la pègre qui assuraient ses arrières, n’ayant pas la patience pour principale vertu, ne pouvaient comprendre que, telle une plante, l’espoir avait besoin de temps pour croître et se développer. Aussi l’impatience grandit-elle, alors que la ville poussait lentement mais sûrement, absorbant de gigantesques retards et dépassements de budget, tandis que l’humeur de Bugsy s’accordait de plus en plus à son surnom.
 
Finalement, l’impatience l’emporta et le rêve de Bugsy s’écroula dans une mare de sang ; il succomba sous les balles, dans son salon de Beverly Hills, avant d’avoir vu s’épanouir la fleur qu’il avait plantée dans le désert du Nevada.

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Aujourd’hui encore, les néons en sont les pétales et le Strip la tige ; mais, ainsi que Ben Siegel l’a toujours su, les racines en ont toujours été et seront à jamais les tables de jeu. Bien que la fleur se soit transformée, mille fois agrandie, bien qu’elle ait produit des fruits tels que le Caesar Palace, le Venetian, et le MGM Grand, elle se nourrit toujours du même espoir… encore un tour de roue, encore un coup de dés, encore une parties de cartes et la fortune viendra combler les abeilles qui ne cessent de la butiner, la fertilisant d’un flot incessant de dollars.
 
Cependant, toujours tapie dans un coin sombre, prête à endiguer la manne verte, veille l’éternelle compagne de Ben Siegel, l’amertume.
 
Les perdants qui s’éloignent, quand ils ne se tournent pas vers de plus obscures sources d’espoir, pourraient menacer d’altérer la beauté de la fleur ; mais sans jamais la flétrir, car l’espoir (ainsi que Ben Siegel le savait sans jamais le reconnaître) ne se réalise qu’à travers l’amertume… et Las Vegas est une ville où l’espoir fleurit sans cesse, même si c’est l’amertume qui en récolte les fruits.
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