WASHINGTON (Reuters) – La Grande-Bretagne a eu Margaret Thatcher, le Pakistan Benazir Bhutto et l’Inde Indira Gandhi; Israël a eu Golda Meir, il y a près de 40 ans déjà.

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Des femmes ont accédé aux plus hautes responsabilités dans une dizaine de pays en Asie, en Europe, en Afrique et en Amérique latine, de la chancelière allemande Angela Merkel à la présidente philippine Gloria Macapagal Arroyo.
 
Pour la première fois dans l’histoire de la France, une femme, Ségolène Royal, a accédé au second tour d’une élection présidentielle.
 
Pourquoi, dans ce contexte, les Etats-Unis – où la sénatrice Hillary Rodham Clinton brigue la nomination démocrate dans la course à l’élection présidentielle – n’ont-ils jamais élu une femme à la Maison blanche ?

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"Les règles du jeu avantagent le bloc dominant et majoritaire, qui n’est ni simplement démocrate ni seulement républicain: ce sont les hommes blancs et riches", estime Andrew Reynolds, professeur à l’université de Caroline du Nord.
 
Les femmes tendent à utiliser deux façons d’accéder aux plus hautes fonctions, selon lui. La première est dynastique, phénomène observable surtout dans les pays en voie de développement: Indira Gandhi et Benazir Bhutto étaient des filles de Premiers ministres.
La deuxième est associée davantage aux démocraties plus riches, où plus de femmes mènent des carrières et atteignent des fonctions politiques qui leur servent de tremplin.
 
"MASSE CRITIQUE"
 
"D’abord il y a de plus en plus de femmes au Parlement, puis de plus en plus de femmes au gouvernement, puis elles forment une masse critique qui fait qu’il n’est plus surprenant qu’une femme devienne présidente ou Premier ministre", explique Reynolds.
Les Etats-Unis sont sur cette voie mais accusent un retard par rapport à de nombreuses démocraties européennes. Seuls 16% des élus au Congrès sont des femmes. Si l’on compare le cas américain à des pays ayant un niveau de développement équivalent, elles devraient être 30 à 50%, juge Reynolds.
 

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Le système politique des Etats-Unis est partiellement responsable.
 
De nombreux systèmes parlementaires laissent une place aux idées alternatives en permettant l’existence de petits partis, alors qu’outre-Atlantique domine un système bipartite où chacun des camps doit répondre aux attentes d’un public plus large.
Dans les systèmes présidentiels, les femmes tendent à avoir plus de mal à se faire élire. Historiquement, environ 69% des dirigeantes ont occupé le poste de Premier ministre, et seulement 31% celui de présidente, souligne Ann Gordon, une politologue qui a coédité l’ouvrage "Se préparer à ‘Mme la présidente’".
 
"Le plus grand obstacle, dans ce pays, est que les électeurs ne sont pas à l’aise à l’idée qu’une femme soit commandant en chef", juge Gordon. "C’est une question de préjugés sexuels."
 
"IL FAUT QUE LES GENS S’HABITUENT"
 
Susan Carroll, chercheuse au Centre pour les Américaines et la politique, pense que les femmes briguant la présidence doivent encore lutter contre l’idée reçue selon laquelle elles seraient moins capables que les hommes de gérer des crises militaires et des dossiers internationaux.
Hillary Clinton, sénatrice démocrate de New York, l’a bien compris et a anticipé en siégeant à la Commission des forces armées du Sénat et en adoptant une position de fermeté vis-à-vis du terrorisme, ajoute Carroll.
 
Ce "complexe" explique peut-être aussi pourquoi la sénatrice a refusé de présenter ses excuses pour avoir voté en faveur de la guerre en Irak, une décision qui lui aliène de nombreux électeurs démocrates, avance la chercheuse. "Je ne crois pas qu’Hillary Clinton ait les mêmes options que les autres candidats", dit-elle. "Elle ne peut à aucun moment donner une impression de faiblesse en matière de défense, ou reconnaître des erreurs dans ce domaine."

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Les femmes briguant les plus hautes fonctions sont aussi victimes de leur couverture par les médias, qui s’intéressent souvent davantage à leur crédibilité en tant que candidates qu’au contenu de leur programme. Et des problèmes structurels rendent difficiles tant pour les femmes que pour les minorités de briguer la présidence.

 

"L’un des plus grands obstacles est tout simplement le fait que nous n’ayons jamais eu (de présidente)", juge Carroll. "Il faut que les gens s’habituent à l’idée."
 
Des femmes ont brigué la présidence des Etats-Unis depuis que Victoria Clafin Woodhull s’est présentée, en 1872, sous la bannière du Parti de l’égalité des droits face à Ulysses S. Grant et Horace Greeley.
 
Malgré les nombreux écueils, Gordon pense que les Etats-Unis finiront bien par élire une femme à la Maison blanche. "La question n’est pas si, mais quand", dit-elle. "Et oui, je pense que ce moment est venu."
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