Paradoxalement, au milieu du XIXe siècle, l’Amérique était une société à la fois éprise de liberté et esclavagiste. Dans les régions situées le long du littoral atlantique, l’esclavage perdurait depuis plus de deux cents ans et faisait partie intégrante de l’économie du Sud. Mais à mesure que le siècle s’écoulait, un mouvement abolitionniste de plus en plus affirmé attira l’attention sur le fossé existant entre les idéaux de la nation et la pratique de l’esclavage dans la moitié sud du pays. Les tensions s’accrurent et, en 1861, tournèrent à la guerre civile. Il fallut quatre ans de conflit sanglant avant que le Nord, sous la direction d’Abraham Lincoln, l’emporte – une issue qui scellait la fin de l’esclavage aux Etats-Unis. Les femmes jouèrent un rôle essentiel dans l’affranchissement des esclaves noirs, et plusieurs d’entre elles s’imposèrent à la tête du mouvement. Les anciennes esclaves Harriet Tubman et Sojourner Truth, présentées dans les deux pages suivantes, donnèrent des témoignages personnels des maux de l’esclavage. Une troisième femme, blanche, Harriet Beecher Stowe, écrivit en 1852 un livre célèbre, La Case de l’oncle Tom. Ce roman suscita un enthousiasme considérable pour la cause antiesclavagiste, notamment pour la nouvelle génération d’électeurs du Nord. Il assura à Harriet Stowe une place dans l’histoire en tant qu’ardente abolitionniste. Et, tout comme Harriet Tubman et Sojourner Truth, elle devint une célébrité, s’exprimant contre l’esclavage lors de nombreux rassemblements.

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L’affranchissement de la population noire et l’octroi du droit de vote aux Afro-américains de sexe masculin firent prendre conscience à de nombreuses femmes de leur propre condition d’inégalité dans la société. Des adeptes de l’émancipation, telles qu’Elizabeth Cady Stanton, Harriet Tubman et Sojourner Truth, allaient devenir les avocates du mouvement naissant en faveur des droits des femmes. Les temps évoluaient et les femmes saisirent l’occasion de prendre de plus en plus leur vie en main. Grâce à leur persévérance et à de grands sacrifices personnels, des femmes telles qu’Harriet Tubman et Sojourner Truth consacrèrent leur vie à de nobles objectifs : l’affranchissement de la tyrannie de l’esclavage et les droits de la personne pour tous.

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Ardente abolitionniste et championne des droits des femmes, Sojourner Truth trouva sa voie au début des années 1840. Elle était née esclave et s’appelait Isabella Baumfree. Par la suite, elle prit le nom de Sojourner Truth parce qu’elle sentait que Dieu avait fait appel à elle « pour sillonner le pays, afin de montrer aux gens leurs péchés et d’être un signe pour eux ».
Après une jeunesse difficile dans le comté d’Ulster, dans l’Etat de New York, elle travailla dur successivement pour cinq maîtres jusqu’à ce que l’Etat de New York abolisse l’esclavage le 4 juillet 1827. Puis elle partit pour New York où elle commença à dénoncer les maux de l’esclavage. C’était une femme imposante – d’environ 1,82 mètre – à la voix sonore et puissante, qui décrivait de façon saisissante les exactions et les épreuves qu’elle avait connues.

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Autodidacte, Sojourner Truth avait une vivacité d’esprit et un charisme qui attiraient souvent une foule immense. Un jour, face à un trublion qui affirmait qu’il ne se souciait pas plus de son discours antiesclavagiste que de la piqûre d’une puce, Sojourner lui répondit « Peut-être bien, mais si Dieu le veut, faites-moi confiance, vous allez vous gratter ! »
Ardente avocate du droit de vote des femmes, Sojourner Truth devint le symbole national de la détermination des femmes noires – et de toutes les femmes. Son discours, « Et moi, j’suis pas une femme ? », prononcé lors de la convention sur les droits des femmes de 1851, à Akron, dans l’Ohio, est devenu un classique. Pendant la guerre de Sécession, elle collecta des vivres pour les régiments de volontaires noirs et défendit diverses causes politiques. Le président Lincoln lui rendit hommage à la Maison-Blanche en 1864. Elle fut nommée à la National Freedman’s Relief Association, où elle s’efforça d’améliorer les conditions de tous les Afro-Américains. Après la guerre de Sécession, elle entreprit une dernière croisade qui ne devait pas aboutir : obtenir le soutien nécessaire pour réaliser son rêve d’un programme de distribution de terres aux anciens esclaves. Elle avait alors élu domicile à Battle Creek, dans le Michigan où, entourée de sa famille et de ses amis, elle mourut en 1883.
Pour le bicentenaire de la naissance de Sojourner Truth, le Jet Propulsion Laboratory de la NASA annonça que le nom du rover de la mission Mars Pathfinder serait « Sojourner », un hommage approprié à l’abolitionniste et à la championne des droits des femmes du XIXème siècle.

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Harriet Tubman quant à elle est née esclave dans le comté de Dorchester, dans le Maryland, Harriet Tubman était une Afro-américaine extraordinaire qui s’affranchit courageusement de l’esclavage en s’enfuyant à Philadelphie, en Pennsylvanie. En 1850, quand le Fugitive Slave Act rendit illégale toute aide à un esclave fugitif, Harriet Tubman décida de rejoindre le « chemin de fer clandestin », qui aidait les esclaves à échapper à la servitude. Il s’agissait d’un réseau élaboré et secret de routes, tunnels et maisons organisé par des abolitionnistes et d’anciens esclaves pour fuir le Sud oppressif. Harriet Tubman en connaissait si bien les itinéraires qu’elle ne fut jamais capturée et ne manqua jamais de conduire ses voyageurs en lieu sûr. En 1860, elle entreprit une vaste tournée de conférences, réclamant non seulement l’abolition de l’esclavage, mais aussi la redéfinition des droits des femmes.

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Harriet Tubman guida trois cents esclaves dans le chemin de fer clandestin durant les années qui précédèrent la guerre de Sécession. Elle effectua 19 fois le voyage périlleux en pays esclavagiste. Lors de l’un de ces voyages, elle sauva ses parents âgés de 70 ans en les amenant à Auburn, dans l’Etat de New York, où elle élut également domicile.
 

En 1861, lorsque la guerre de Sécession éclata, elle servit comme infirmière, espionne et éclaireur dans les forces de l’Union. Pour avoir compté parmi les responsables du chemin de fer clandestin, elle connaissait bien le pays et son expérience du terrain fut particulièrement appréciée. En raison de l’inefficacité de l’administration et peut-être d’une discrimination raciale persistante, Harriet Tubman n’obtint pas de pension du gouvernement après la guerre et connut des difficultés financières pendant de nombreuses années. Elle fit pression pour améliorer la condition des femmes et des Noirs, et pour recueillir les orphelins et les personnes âgées.

Elle finit par recevoir une modeste pension de l’armée américaine, dont elle dépensa la majeure partie en 1908 pour construire à Auburn une structure en bois destinée à abriter les indigents et les personnes âgées. Elle travailla dans ce foyer et y résida elle-même quelques années avant sa mort en 1913.
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