Un projet de loi visant à faire de l’anglais la seule langue officielle de l’Etat de l’Oklahoma inquiète les 37 tribus indiennes qui y vivent, relate The Grand Rapids Press, le principal quotidien du Michigan.

 
A l’heure où l’Oklahoma fête son centième anniversaire, un projet de loi faisant de l’anglais la langue officielle de l’Etat met en lumière des divisions qui persistent, plus d’un siècle après le transfert forcé des Indiens dans la région et les spoliations de terre dont ils ont été victimes.
 
La plupart des trente-sept tribus de l’Oklahoma reconnues par le gouvernement fédéral luttent pour sauver leurs langues et leur culture. Les adversaires du projet relèvent que le nom même Oklahoma est constitué de deux mots choctaws – okla et homma, qui signifient respectivement «rouge» et «homme».
 
«Si l’anglais devient la seule langue, comment va-t-on appeler l’Etat d’Oklahoma?, demande Terry Ragan, la directrice du programme linguistique de la nation choctaw. Logiquement, même les villes devraient être rebaptisées.»
 
Pour ses partisans, le projet vise à mettre fin au bilinguisme des documents administratifs, et à obliger les immigrés hispaniques à apprendre l’anglais et à s’assimiler. Vingt-huit Etats américains ont fait de l’anglais leur langue officielle et douze autres sont en train de prendre le même chemin, explique Rob Toonkel, de l’US English Inc. de Washington, qui milite pour faire de l’anglais la langue officielle des Etats-Unis. Un projet en ce sens a été déposé au Congrès.
 
Ce groupe d’intérêt ne remet pas en cause l’enseignement ou l’apprentissage des langues autochtones, mais souhaite que les documents administratifs soient rédigés dans une seule langue afin que celle-ci devienne un symbole d’unité pour les populations immigrées, explique M. Toonkel : «C’est une question d’assimilation. Nous devons faire en sorte que ces populations fassent partie du pays.»
 
Or le mot «assimilation» est lourd de sens pour les Indiens dont les ancêtres ont été chassés de leurs terres et jetés sur la piste des Larmes, au XIXe siècle. [En Des langues indiennes à sauver 1838, le gouvernement américain a forcé 15 000 Cherokees à émigrer vers l’ouest du pays. On estime que cette migration a tué quelque 4 000 d’entre eux.] «Pendant toute cette époque, les autorités ne songeaient qu’à l’assimilation», explique Kirke Kickingbird, un avocat d’Oklahoma City, membre de la tribu kiowa, pour qui l’anglais a été imposé aux indiens pour éradiquer les cultures tribales.
 
Pour Chad Smith, le chef de la nation cherokee (la plus grande tribu des Etats-Unis avec 250 000membres), ne pas prendre en compte les différences culturelles, «c’est dire à tous ceux qui vivent hors de l’Oklahoma que nous sommes intolérants, vulgaires, et que nous voulons nous isoler du reste du monde. C’est aussi dire à nos tribus que s’il y a une langue officielle, les leurs sont secondaires.»
 
L’Intertribal Wordpath Society, une association à but non lucratif, estime que seulement 9000 personnes parlent couramment le cherokee, et 4000 autres le choctaw. «Nous n’avons absolument rien contre l’anglais. C’est très bien que les gens parlent anglais», affirme Alice Anderton, une ancienne enseignante et chercheuse à l’université d’Oklahoma, qui dirige aujourd’hui l’Intertribal Wordpath Society. «Mais c’est très bien si les gens parlent l’anglais en plus des langues de leurs ancêtres», conclut-elle.
 
The Grand Rapids Press (extraits), Michigan
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