La mythique Route 66, qui traverse l’Amérique d’Est en Ouest, vient d’être classée parmi les 100 monuments les plus menacés du monde. Le quotidien italien La Stampa raconte sa belle et triste histoire.
 
Le Riviera Courts – le premier des nombreux motels qui allaient transformer la Route 66 – ouvrit ses portes à Miami, dans l’Oklahoma, à la fin des années 1930. Les voyageurs pouvaient désormais traverser les Etats-Unis soit en autocar, soit en voiture, s’ils en avaient les moyens.
 
Aujourd’hui, le Riviera Courts est en ruine. Et il n’est pas seul dans ce cas : le long des 3 943 kilomètres de la Route 66, au moins 3 000 motels ont fermé ou vont être démolis. C’est la conséquence de la dégradation de cette grande artère qui vient d’être ajoutée à la liste des 100 monuments les plus menacés du monde, liste rédigée par l’organisme privé américain World Monuments Fund.

 
Immortalisée en 1939 par John Steinbeck, qui l’avait surnommée The Mother Road (la route mère) dans Les raisins de la colère, la Route 66 a été conçue en 1923 par l’entrepreneur Cyrus Avery. Sa construction a été entamée en 1926 et terminée en 1938. Elle a été bâtie pendant les années de présidence de Franklin D. Roosevelt par des milliers de chômeurs fuyant la Grande Dépression. Des centaines de milliers d’individus poussés par les mêmes motivations l’ont empruntée pour aller dans l’Ouest, en quête de fortune.
 
La Route 66 s’est illustrée par un certain nombre de nouveautés qui allaient transformer le visage de l’Amérique. Tout d’abord, les motels, puis les Holiday Inns ; enfin, l’installation massive de stations-service, de restaurants routiers où l’on mange sans même descendre de sa voiture, d’enseignes au néon et de maisons préfabriquées.
 
Pendant la Seconde Guerre mondiale, la main-d’oeuvre continue à avancer vers l’Ouest, attirée par les nouvelles industries qui se créent en Californie ; mais les ouvriers sont également utilisés pour acheminer d’énormes quantités de véhicules militaires.
 
A la fin du conflit, des millions de gens parcourent la route dans les deux directions, traversant ainsi l’Illinois, le Missouri, le Kansas, l’Oklahoma, le Texas, le Nouveau-Mexique, l’Arizona et la Californie. C’est la période du nouveau tourisme: la course vers la Californie, la traversée du Grand Canyon et des cratères de l’Arizona.
Le déclin commence quand l’ancien général Dwight Eisenhower arrive à la Maison Blanche: pendant la campagne en Europe, il avait été impressionné par les autobahnen [autoroutes] construites par Adolf Hitler en Allemagne. Il décide alors de doter l’Amérique de routes aussi rapides. C’est ainsi que naît, en 1956, le nouveau réseau d’autoroutes – Interstate Highway System – qui réduit progressivement l’utilité de la Route 66. Enfin, en 1985, elle est rebaptisée «Historic Route» (route historique) et est désormais parcourue essentiellement par des passionnés qui ont envie de traverser les paysages les plus extraordinaires de l’Illinois, du Nouveau-Mexique et de l’Arizona.
 
Maintes fois réaménagée, avec l’adjonction ou la transformation de nouveaux tronçons, la Route 66 a connu une seconde jeunesse dans les années 1990 grâce à l’action de plusieurs associations. Comme toutes les grandes stars, elle a reçu un nombre impressionnant de surnoms. Cyrus Avery l’appelait la Grande Route diagonale car elle coupait les États-Unis en deux; dans les années 1970, une campagne publicitaire la baptisa The Main Street of America (la grand-route des États-Unis).
 
Aujourd’hui, presque tous les tronçons de cette route historique portent un surnom différent, évoquant les noms de personnages locaux qui l’ont soutenue, y ont fait de l’humour ou l’ont financée. Mais, finalement, personne ne semble avoir encore inventé une appellation plus efficace que The Mother Road, la route mère.
 
Maurizio Molinari, La Stampa, Turin
 
A noter le reportage sur France 5 ce soir à 18h, avec un voyage exceptionnel sur cette route mythique.
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