Hôpitaux bondés, services d’urgence débordés, malades non assurés… Au Texas, plus encore que dans les autres Etats d’Amérique du Nord, la crise du système de santé est manifeste, explique le quotidien américain USA Today.
 
Un jour, Ijeoma Onye s’est réveillée le souffle court, la tête bourdonnante. Sa fille, Ebere Hawkins, l’a immédiatement emmenée à l’hôpital Ben Taub de Houston, où les malades ne bénéficiant pas d’une assurance-maladie peuvent être soignés gratuitement ou moyennant une somme modique.
 
Ijeoma, âgée de 62 ans, a dû patienter des heures avant de voir un médecin. Pourtant, les urgences constituaient la solution la plus rapide, car «obtenir un rendez-vous prend des mois», explique Ebere.

 
L’hôpital Ben Taub est le coeur du district hospitalier du comté de Harris, un réseau d’hôpitaux et de centres de soins qui accueillent les quelque 1,1 million de résidents de la région de Houston privés d’assurance-maladie, et des centaines de milliers de personnes mal couvertes.
 
Ici, le chiffre de 45 millions d’Américains privés d’assurance-maladie est plus qu’une statistique. C’est le signe d’une crise bien réelle. Au plan national, plus de 15 % d’Américains n’ont pas de couverture maladie. Ce chiffre atteint le niveau record de 24 % au Texas.
 
L’exemple de Houston ressemble à un avertissement : lorsqu’on laisse la situation s’aggraver jusqu’à ce que près d’un tiers des habitants n’aient pas d’assurance-maladie, non seulement la population est en moins bonne santé, mais le système de soin est totalement débordé. «Le Texas est le parfait exemple d’implosion du système de santé», insiste Guy Clifton, un neurochirurgien.
 
A l’instar d’autres Etats, le Texas connaît des problèmes multiples. Les petites entreprises privent de plus en plus leurs salariés de couverture maladie, et les subventions fédérales et locales sont insuffisantes. A cela s’ajoutent les baisses des taux de remboursement des forfaits hospitaliers décidées par les assureurs, qui poussent les hôpitaux à réduire leurs services déficitaires, notamment les urgences.
 
Devant le nombre croissant de patients non assurés, les professionnels de santé sont obligés de faire des choix pour décider qui doit être soigné et quand. «Bien sûr que nous rationnons les soins», lâche Kenneth Mattox, directeur du personnel de l’hôpital Ben Taub.
 

Certains Etats ont entrepris de régler le problème, notamment le Massachusetts, le Vermont et le Maine. La Californie, l’Illinois et la Pennsylvanie commencent à leur emboîter le pas et de plus en plus d’Etats s’efforcent de mettre en place des systèmes permettant d’assurer d’abord les enfants puis, à terme, tous les résidents.
 
Mais, partout, l’augmentation du nombre de malades non assurés a conduit les services d’urgence des hôpitaux au bord du précipice.
 
A l’échelon national, le nombre de consultations aux urgences est passé de 93 millions en 1994 à 110 millions en 2004, soit une hausse de 18 %. Au Texas, cette augmentation a été de 33 % et elle a même atteint plus de 50 % dans la région de Houston. Dans le même temps, le nombre de services d’urgence a été réduit de 12 % dans l’ensemble du pays.
 
Résultat : ils sont surchargés en permanence. «Quand je suis arrivée, ce matin, il y avait des gens qui attendaient depuis la veille», explique Kellie Manger, infirmière à Ben Taub.
 
Près de la moitié des patients qui se présentent ont besoin de soins de base. «Nous voyons beaucoup de malades qui n’ont pas été chez le médecin depuis des années», explique Katherine King-Casas, médecin urgentiste.
 
Même lorsqu’ils parviennent à voir un médecin, les malades n’ont pas les moyens d’acheter des médicaments. «On leur fait une ordonnance, on les renvoie chez eux, mais leur santé ne s’améliore pas», regrette Efrain Garcia, cardiologue à San Jose.
 
Face à ce désastre, le Texas a récemment pris des mesures. Ainsi, le mois dernier, une nouvelle loi a permis d’inscrire 127 000 enfants de plus au programme d’assurance-maladie infantile, dont bénéficient désormais près de 300 000 mineurs. Les législateurs ont également lancé un nouveau programme visant à assurer 200 000 adultes de plus.
 
Richard Wolf, USA Today, New York
 
NB: Sicko, le dernier film de Michael Moore – auteur de Fahrenheit 9/11 et de Bowling for Columbine –, dénonce les carences du système de santé américain, dont 45 millions de personnes sont exclues parce qu’elles ne peuvent payer leur assurance privée. Le film prend comme contre-exemples les cas français, britannique et canadien, mais sans en montrer les problèmes. Sorti le 29 juin aux Etats-Unis, Sicko a réalisé 4,5 millions de dollars de recettes en quatre jours. Le film sortira en France le 17 octobre 2007.
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