La Fondation Cartier pour l’art contemporain présente Rock’n’Roll 39-59, une exposition consacrée à la genèse et aux débuts du rock’n’roll aux États-Unis.
 
Regroupant des affiches exceptionnelles, des disques et objets rares d’époque, mais aussi des photographies, des films, et bien sûr de la musique et du son, l’exposition invite à revivre ce bouleversement culturel, miroir d’une société en pleine mutation.

 
Véritable voyage sonore et visuel, l’exposition Rock’n’Roll 39-59 évoque la naissance d’un genre musical qui bouleversa l’Amérique et changera profondément la face du monde.
 
Au rez-de-chaussée, la première partie de l’exposition s’attache à capturer l’air du temps, l’esprit de liberté et de rébellion qui ont été au coeur de l’explosion du rock’n’roll au milieu des années 50. La seconde, au sous-sol, revient sur l’histoire du rock’n’roll, et en trace la généalogie à travers l’évocation des principaux lieux, événements et protagonistes.
 
L’esprit de liberté des années 50
 
En guise d’introduction, le film de Patrick Montgomery et Pamela Page, Rock’n’Roll The Early Days (1984) permet de se familiariser avec les grandes figures du rock’n’roll.
 
Cette salle obscure, à la fois salle de projection et lieu d’exposition, présente également un ensemble de douze affiches de concert qui mettent en avant le foisonnement et la diversité de la scène musicale des années 50, dans un graphisme et des couleurs qui ne sont pas sans évoquer les recherches menées plus tard par le pop art.

 
Ces affiches originales, pour la plupart aujourd’hui introuvables, font partie des pièces les plus exceptionnelles de l’exposition.
 
Trois autres objets particulièrement rares sont présentés en regard de celles-ci : les guitares d’Elvis Presley, Buddy Holly et Carl Perkins, trois protagonistes essentiels de la période.
 
La suite du parcours ouvre sur les photographies d’Elvis Presley réalisées par Alfred Wertheimer au cours de l’année 1956.
 
Ces images sont pour la plupart montrées pour la première fois.
 
En mars 1956, alors qu’Elvis Presley est sur le point de devenir une star nationale, sa nouvelle maison de disques RCA Victor engage le jeune photographe new-yorkais pour faire quelques photos.
 
Fasciné par le charisme du chanteur, Alfred Wertheimer décide de le suivre à ses propres frais, et parvient, en quelques jours de prises de vue échelonnées sur quelques mois, à saisir la simplicité, la beauté mais aussi la solitude de cet homme dont la vie est en train de basculer.

 
L’oeuvre d’Alfred Wertheimer est demeurée largement inconnue jusqu’à une période très récente et cette exposition est une étape importante dans la reconnaissance de cette oeuvre exceptionnelle.
 
Véritable plongée dans les années 50, la grande salle du rez-de-chaussée rend, à travers des objets de la culture musicale de l’époque, un hommage au design des golden fifties : radios, micros, pick-ups, juke-box…, sans oublier la Cadillac, symbole de réussite sociale par excellence, très prisée des rockers.

 
Mais c’est avant tout le son, ou plutôt sa fabrication, qui est exposé ici grâce à la reconstitution d’un studio d’enregistrement des années 50.
 
Diffusée sur des enceintes d’époque, une bande sonore faite d’archives de sessions d’enregistrement évoque l’atmosphère des studios des petits labels qui ont fait le rock’n’roll.
 
On découvre également dans cet espace des photographies inédites de William Eggleston prises en 2004 dans le studio de Norman Petty à Clovis, au Nouveau-Mexique.

 
Usant pour la première fois du format panoramique, le célèbre photographe américain a su capturer l’atmosphère du studio, resté inchangé depuis que Buddy Holly et The Crickets y ont enregistré That’ll Be The Day ainsi que Peggy Sue, Oh, Boy ! et Maybe Baby pour Brunswick et Coral.
 
Les teenagers, une nouvelle culture
 
Le rock’n’roll est la première culture musicale spécifiquement adolescente. Ce sont les teenagers qui se sont les premiers approprié cette musique nouvelle, totalement incomprise par leurs parents.
 
De grands photographes américains des années 50 tels que Bruce Davidson, Esther Bubley, Eve Arnold ou encore Eliott Erwitt dressent le portrait de cette classe d’âge en quête de liberté et d’indépendance.

 
Une collection exceptionnelle de magazines pour adolescents présentée ici reflète les préoccupations de cette nouvelle catégorie de consommateurs.
 
On y croise les figures de Marlon Brando et James Dean, idoles des teenagers et sources d’inspiration pour les rockers.
 
Hollywood ne s’y trompe pas et exploite la figure du rebelle et le thème de la « délinquance juvénile » associée au rock’n’roll.
 
Un riche héritage musical
 
Dans la deuxième partie de l’exposition (sous-sol), le rock’n’roll est replacé dans une perspective chronologique.
 
Avant de revenir sur l’histoire qui a conduit à cette formidable explosion, un « arbre généalogique » du rock’n’roll ouvre le parcours, permettant d’écouter les différents genres musicaux qui ont permis au cours des années 40 la création d’un son nouveau.

 
Boogiewoogie, grands orchestres de jazz, gospel, blues, country et rhythm and blues sont évoqués au gré d’affiches, de disques rares, de photographies de musiciens, de partitions, mais aussi à travers le son et l’image. Le boogie-woogie, notamment, contient toutes les bases rythmiques du rock’n’roll.
 
C’est à la fin de l’année 1938 que le public blanc découvre, lors d’une série de concerts à Carnegie Hall, ce genre musical terriblement entraînant. Cette série de concerts déclenche alors une folie du boogie-woogie, appelée « the boogiewoogie craze ».

 
Véritable préfiguration de ce qui se passera avec le rock’n’roll quinze ans plus tard, ce phénomène est le point de départ de l’histoire que raconte l’exposition tandis que le rhythm and blues, précurseur immédiat du rock’n’roll, se présente comme la dernière étape avant l’éclosion du nouveau genre.
 
L’Amérique des années 40 et 50
 
Le contexte historique et social des quinze années précédant l’explosion du rock’n’roll accompagne ce panorama musical sous la forme d’un parcours visuel.
 
Dans les années 40, Marion Post-Wolcott, Jack Delano et Russell Lee ont photographié pour le compte du gouvernement américain le Sud des États-Unis, ses paysages, ses petites villes, ainsi que ses habitants.
 
Intérieurs pauvres de paysans blancs, champs de coton, juke-joints (clubs de campagne dans lesquels les Noirs dansaient et écoutaient de la musique), équipements urbains marqués par la ségrégation, autant d’images qui restituent le quotidien des principaux acteurs de cette période d’émergence du rock’n’roll.
 
En parallèle figurent les faits historiques de la période 1939-1953, marquée par de grandes mutations politiques et sociales. Coupures de presse et photographies évoquent la Seconde Guerre mondiale et l’expansion économique qui la suivit, le développement de la société de consommation, la création des banlieues résidentielles blanches…

 
L’explosion du rock’n’roll
 
À l’issue de ce voyage historique, le spectateur découvre une grande fresque murale. Cette oeuvre graphique établit une chronologie du premier âge d’or du rock’n’roll, mêlant dates liées à l’histoire musicale et jalons historiques.
 
Elle débute en 1954, année de l’enregistrement de Rock Around The Clock par Bill Haley, du premier disque d’Elvis Presley, mais aussi de l’arrêt Brown, premier coup de boutoir porté à la ségrégation.
 
Elle se termine en 1959, année de la mort de Buddy Holly, de l’arrestation de Chuck Berry et de la chute d’Alan Freed, le plus important disc-jockey rock’n’roll, victime d’une affaire de pots-de-vin ressemblant fort à un complot.
 
Jalonnée de nombreux points d’écoute, de films mais aussi d’objets, de vêtements ou de documents originaux, cette fresque permet de suivre pas à pas l’irrépressible montée en puissance du phénomène rock’n’roll : des chanteurs accèdent à la notoriété, des groupes se font et se défont, des personnages oeuvrent dans l’ombre, les anciens classements musicaux perdent progressivement leur sens ; simultanément le mouvement des droits civiques prend de plus en plus d’ampleur et la société américaine commence à changer de visage.
 
Face à cette fresque, des vitrines présentent les figures majeures de la scène musicale de l’époque : Louis Jordan, Bill Haley, Bo Diddley, Buddy Holly, Chuck Berry, Elvis Presley, Fats Domino, Jerry Lee Lewis, Carl Perkins, Gene Vincent et Eddie Cochran. Leurs trajectoires sont évoquées à travers des disques, des archives et des documents vidéos et sonores.

 
Parmi les objets particulièrement rares exposés ici, il faut souligner l’affiche du concert d’Elvis Presley à Jacksonville (deux exemplaires originaux au monde) ainsi que des lettres de Sam Phillips, premier producteur d’Elvis Presley, faisant la promotion du premier disque de celui qui n’est pas encore le King.
 
À l’issue du parcours, les visiteurs sont invités à poursuivre cette exploration musicale à la librairie de la Fondation Cartier (sur la mezzanine) où des bornes d’écoute leur permettent de découvrir ou redécouvrir dans leur intégralité deux cents titres de rock’n’roll.
 
Informations
 
L’exposition est ouverte tous les jours, sauf le lundi, de 10h à 20h. du 22 juin 2007 au 28 octobre 2007
Nocturne le mardi jusqu’à 22h.
Droit d’entrée : 7,50 €,tarif réduit*: 5,50 €
Fondation Cartier pour l’art contemporain
261, boulevard Raspail
75014 Paris
Tél. : 01 42 18 56 50
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