Demain 16 août, marquera le trentième anniversaire de la mort d’Elvis Presley.
 

Depuis, le rock a changé. Pour certains, il s’est perdu. Mais le mythe du King est intact, tout comme le sont les fruits de cette époque, qui ont modifié pour toujours les moeurs occidentales.
 
Cette année 2007 marque une date importante pour le rock’n’roll.
 
Il y a bientôt trente ans, le 16 août 1977, s’éteignait Elvis Presley, celui qui restera à jamais comme son emblème.
 
Plus d’un demi siècle après ses premiers enregistrements, l’aura et la légende du King sont toujours aussi vivaces, bien au-delà des innombrables sosies qui ne vivent qu’à travers lui.
 
Qu’il soit ou non l’inventeur du rock’n’roll, cela importe peu. Le titre de l’exposition de la Fondation Cartier (cf. article précédent) laisse penser que non. Mais ce qu’a réalisé Elvis Presley dépasse largement le débat de spécialistes.
 
Le jeune Elvis est amateur des musiques noires de son époque, du blues au gospel.
 
Au cours de l’été 1953, il pousse la porte de ce qui n’est alors qu’un petit studio consacré à ces musiques : Sun Records, à Memphis. Il ne sait pas encore que c’est dans ce lieu, devenu depuis mythique, que son destin va basculer.
 
Après avoir enregistré deux titres à ses frais le premier jour, il revient le lendemain pour rencontrer le maître des lieux, Sam Philips. Celui-ci n’est pas convaincu par la voix du jeune homme, «pas souvent juste», mais par sa mémoire impressionnante. Il le fait revenir le 5 juillet. Les musiciens convoqués par Philips pour accompagner Presley ne sont pas plus enthousiastes. La journée touche à sa fin, et Sam Philips s’apprête à jeter l’éponge, déçu.

 
C’est alors qu’Elvis entonne un vieux standard : That’s All Right Mama. L’interprétation «donna immédiatement la chair de poule» à Philips.
 
«Ce n’était pas la chanson à proprement parler, mais ce qu’en faisait Elvis», explique Sam Philips. «La chanson était à l’origine un blues, Elvis l’a transformé en rock and roll».
 
Un 45 tours est enregistré, et Sam Philips envoie son nouveau poulain en tournée dans la région. L’audace de Presley, ses déhanchements, ce son mariant les styles des musiques blanches et noires du sud des Etats-Unis, font tout de suite fureur.
 
A l’époque, les rythmes et mimiques suggestifs, parfois lascifs, des musiques noires, sont appréciés en secret par toute une partie de la jeunesse blanche.

 
Le grand succès de Presley, c’est d’avoir permis au Blancs de s’approprier cela à travers lui. Les mouvements de bassin du King sont si équivoques, si brutaux,  qu’il  est  alors  surnommé «Pelvis».
 
Les adolescents adorent, les parents détestent et tentent de faire annuler les concerts. Mais le jeune prodige détourne  les  menaces  d’interdiction.
 
Juste avant le début d’un concert floridien, Elvis est avisé de la présence de la police dans la salle,  venue  pour  scruter  son  jeu  de scène.
 
Il décide alors de ne remuer que son petit doigt pendant toute la durée du spectacle. Le public est aux anges, plus hystérique encore que si Presley avait fait son show habituel.
 
Un an à peine après ses premiers pas en studio, Presley est une vedette dans tout le sud des Etats-Unis.
 
Il rencontre celui qui deviendra son impresario et qui le restera  jusqu’à  la  fin  de  ses  jours : Thomas Andrew Parker.

 
Dès leur alliance scellée, Parker décroche pour Presley un contrat avec RCA, la plus puissante maison de disques de la planète, et une apparition dans la célèbre émission télévisée le Ed Sullivan show. Cinquante millions d’Américains regardent Elvis se déhancher dans leur téléviseur, soit 80 % de part d’audience. Un record.
 
Presley a tout juste vingt ans, un premier disque d’or, et devient à ce moment-là le «King». Il continue à faire scandale, mais le succès est là.
 
Heartbreak hotel, Blue Suede Shoes, Don’t Be Cruel ou encore Hound Dog sont tous des succès, et en 1956, Elvis a déjà décroché 48 disques d’or.
 
Hollywood s’intéresse  au  phénomène, et lui offre des rôles taillés sur mesure. La plupart du temps, il incarne un Américain pauvre qui réussit grâce à la chanson.

 
Les films sont inégaux, mais la seule présence de Presley est suffisante pour attirer les foules dans les salles.
 
Adulé par des fans hystériques, Elvis ne peut plus mener une existence normale. Il  fait  l’acquisition  de  sa  résidence Graceland, à Memphis. Il y installe sa famille et ses amis.
 
Il y retrouve la paix, mais Graceland le coupera du monde extérieur, y compris de celui de la musique. D’autant que sa carrière de chanteur va  connaître  une  longue  parenthèse.
 
Presley est mobilisé en 1958. Il devra se rendre en Allemagne. Loin des siens, et alors qu’il vient de perdre sa mère, les années d’armée sont des années noires.
 
John Lennon dira plus tard qu’«Elvis est mort le jour où il est entré à l’armée». A son retour en 1960, il délaisse la musique pour le cinéma.
 
Il ne voit pas que le rock’n’roll a changé : les Beatles, les Stones et autres Doors sont passés par là. Ringardisé sur le plan musical, sa carrière sur grand écran devient caricaturale et il ne tourne plus que des navets.

 
Le public se détourne de son idole. Mais le King n’est pas mort, et il va revenir.
 
LE RÊVE AMÉRICAIN
 
La vie d’Elvis Aaron Presley est l’archétype du rêve américain. Le 8 janvier 1935, il voit le jour dans une Amérique en pleine crise.
 
Ses parents sont pauvres, et alors qu’Elvis est âgé de treize ans, ils décident de quitter Tupelo pour rejoindre la métropole de Memphis, dans le Tennessee.
 
Devenu la plus grande vedette au monde, il incarne à la fois la plus belle des réussites et la révolution culturelle dont le continent avait besoin pour sortir des années mornes.
 
A la fin des années 60, Elvis abandonne la carrière cinématographique qui aura en partie terni son image.
 
Il décide de repartir à  la  rencontre  de ceux qui ont fait sa légende : les jeunes hommes et femmes que sa musique fait vibrer.

 
Le 3 décembre 1968, il soulève tout le pays grâce à une émission de télévision. Seul sur le petit écran de Elvis’ 68 NBC special, il reprend tous ses succès. L’Amérique retrouve son enfant chéri, au meilleur de sa forme.
 
Dès lors, le King enchaîne les concerts.
 
Au mois d’août 1969, il se produit 57 fois à l’hôtel Hilton de Las Vegas. En 1972, il effectue son retour à New York après quinze ans d’absence, et crée l’événement le 14 janvier 1973.
 
Depuis Hawaï, il donne le premier concert de l’histoire retransmis par satellite. Un milliard de téléspectateurs de toute la planète sont devant leur petit écran pour assister au spectacle.
 
Elvis n’est plus tout à fait un  artiste,  d’ailleurs  il n’enregistre  plus  de nouveaux disques. Il n’est plus tout à fait un homme non plus. C’est un surhomme, doublé d’une icône, qui se produit sur scène. Et le public vient plus assister à un rituel qu’à un concert.

 
Lors de ses entrées en scène, il est alors vêtu de ses «jumpsuits», paré d’une cape couverte de diamants.
 
Symbole surhumain, les premières sonorités sont celles  du  célèbre  Ainsi parlait Zarathoustra de Strauss. Instants de célébration plus que de musique, les performances scéniques de Presley sont de plus en plus pauvres au niveau vocal.
 
Qu’importe, il correspond au personnage que l’Amérique tout entière réclame.
 
Il n’ose en sortir qu’en de trop rares occasions. L’homme n’apparaît presque plus derrière le personnage. Seul son corps traduit la chute d’Elvis Aaron Presley. Il prend du poids, devient bouffi, se bourre de médicaments, a des trous de mémoire.
 
Le King déprime, mais son pays se voile la face et continue à l’acclamer.
 
L’être humain mis au monde par Gladys en janvier 1935 n’existe plus, coupé du monde et prisonnier de son public. Il peut mourir.
 
C’est chose faite le 16 août 1977. Elvis Presley est retrouvé en fin d’après midi, inanimé dans la salle de bain de Graceland.
 
Ses funérailles, organisées dès le surlendemain, seront dignes d’un président. Plus de 30 000 personnes y assistent.
 
Aujourd’hui encore, la sépulture du King est visitée par plus d’un demi million de personnes par an. Dans sa grandeur comme dans sa chute, Elvis a symbolisé l’Amérique.
 
Il était l’Amérique.
 
C’est sans doute pour cela que, de New York à Los Angeles, ils sont encore nombreux à ne pas croire à sa mort. Ils n’ont peut-être pas tort. Elvis Presley est l’homme par qui est venue la libération des moeurs outre-Atlantique.
 
Les fruits de cette émancipation sont toujours présents, la légende du King toujours vivante.
 
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