Si l’on en croit Michael Moore, les 47 millions de citoyens qui ne bénéficient d’aucune couverture médicale aux Etats-Unis auraient tout intérêt à vivre au Canada, en Grande-Bretagne ou en France. Car la présentation qu’il fait du système de santé américain dans "Sicko" fait froid dans le dos.

 
Reste qu’on peut s’interroger sur l’objectivité du réalisateur qui, tout en conservant un ton humoristique, n’hésite pas à recourir à des procédés discutables pour étayer sa thèse.
 
Casquette de base-ball vissée au crâne, toujours débraillé, Michael Moore se met en scène tout au long de ce nouveau documentaire qui nous immerge dans le système de santé américain et dénonce les injustices qu’il génère.
 
Pour le réaliser, il a demandé aux internautes de son site Web de lui raconter les drames qu’ils avaient vécus dans ce domaine.
 
Il a choisi de suivre quelques personnes qui, en raison d’un grave problème de santé, se sont quasiment retrouvés à la rue du jour au lendemain.
 
Il s’intéresse notamment au cas d’une femme mariée à un homme souffrant de troubles cardiaques, qui a dû s’installer chez sa fille après avoir été ruinée par sa mutuelle de santé.
 
Car bien que bénéficiant d’un régime de mutuelle, certains Américains se voient refuser la prise en charge de leurs soins ou se heurtent aux lourdeurs administratives du système.
 
"Nous avions notre propre ‘axe du mal’: les laboratoires pharmaceutiques, le milieu hospitalier et les compagnies d’assurance", explique la productrice Meghan O’Hara.
 
Concernant les grands laboratoires, Moore les accuse d’être des organisations entièrement vouées au profit qui financent le milieu politique de Washington et mentent sur leur budget de recherche et de développement.
 
"Pour l’essentiel, le système repose sur le profit et l’appât du gain", dénonce-t-il.
 
Quant aux assurances, des employés travaillant pour ce secteur expliquent comment leurs entreprises dégagent des milliards de dollars de bénéfices en refusant de verser à leurs assurés les remboursements de leurs soins médicaux.
 
Malgré ces faits pesants, le réalisateur réussit à laisser une grande place à l’humour. Après les Etats-Unis, il nous emmène au Canada, en Grande-Bretagne et en France pour montrer que les citoyens y sont soignés gratuitement.

 
Mais sa vision de la France manque totalement d’objectivité. Moore semble en effet prêt à tout pour faire passer son message. Il commence par rappeler une grande tradition française, la manifestation, avant d’enchaîner des interviews assez surprenantes.
 
Il discute notamment autour d’un verre avec un groupe d’Américains vivant à Paris. Tellement contents d’être devant sa caméra, ils en rajoutent, pour lui faire plaisir, sur les innombrables avantages de la vie en France par rapport aux Etats-Unis.
 
Michael Moore se dit alors que si la santé est gratuite en France, ses habitants ne doivent pas gagner grand-chose. Il va alors rendre visite à un couple qui vit dans l’opulence, voyageant aux quatre coins du monde, et en déduit, semble-t-il, que tous les Français vivent de cette façon…
 
"Je sens que je ne vais plus boycotter les french fries", conclut Michael Moore, qui, au-delà des frites, apparaît séduit par la France.
 
Sa visite à Cuba est un peu dans la même veine. Après une scène assez grandiose à proximité du camp de Guantanamo, il entre dans un hôpital de La Havane avec quelques Américains souffrant de maux divers. Ces derniers sont pris en charge gratuitement et se font soigner, ce qu’ils n’auraient jamais pu faire aux Etats-Unis.
 
Mais les soignants cubains auraient-ils eu la même réaction sans caméra? On peut s’interroger.
 
Réalisateur de documentaires aguerri, Michael Moore a été récompensé par la Palme d’Or en 2004 au Festival de Cannes pour "Fahrenheit 9/11". On lui doit aussi "Bowling for Columbine" (2002), "The Big One" (1997) ou encore "Roger et moi" (1989). Ce nouveau film, plaisant à suivre et plein d’humour, laisse toutefois un sentiment mitigé. Est-ce bien crédible?
 
Advertisements