Début des années 1970, New York. Frank Lucas a vécu pendant vingt ans dans l’ombre du Parrain noir de Harlem, Bumpy Johnson, qui en fait son garde du corps et confident. Lorsque son patron succombe à une crise cardiaque, Lucas assure discrètement la relève et ne tarde pas à révéler son leadership, son sens aigu des affaires et son extrême prudence, en prenant pour auxiliaires ses frères et cousins et en gardant un profil bas. 18828545

Inconnu de la police comme des hautes instances de la Cosa Nostra, Lucas organise avec la complicité d’officiers basés au Vietnam un véritable pont aérien et importe ainsi par avions entiers des centaines de kilos d’héroïne pure, qu’il revend à bas prix dans les rues de New York.

Tandis que Lucas amasse ainsi, en toute discrétion, une fortune colossale, l’inspecteur Roberts du NYPD enquête patiemment sur l’origine et le fonctionnement de ce marché parallèle d’un genre inédit, et finit par soupçonner l’insaisissable Frank Lucas.

Une étrange partie de cache-cache commence alors entre ces deux solitaires perfectionnistes dont les destins seront bientôt inextricablement mêlés…

C’est un article de presse qui est à l’origine d’American Gangster, publié le 14 août 2000 dans le magazine New York et intitulé The Return of Superfly.

Le journaliste y donnait un compte-rendu de ses entretiens avec Frank Lucas, trafiquant et pourvoyeur d’héroïne à grande échelle, chef de famille et figure charismatique de la communauté noire, qui revenait sur sa carrière de malfrat. Le titre fait allusion à Superfly, un monument de la Blacksploitation rendu célèbre par la chanson éponyme de Curtis Mayfield, monument qui aurait été inspiré de Frank Lucas lui-même. 18828560

Universal acquit les droits de l’article l’année de sa publication, mais le projet fut mis en stand-by jusqu’à ce que Ridley Scott soit désigné pour le mettre en scène.

Brian Grazer, le producteur d’American Gangster, voyait dans l’histoire du malfrat Frank Lucas une illustration de l’avidité du capitalisme "en col blanc". il explique : "Frank a pris pour modèle les valeurs du big business. Il a d’abord trouvé des contacts en Asie du sud-est, susceptibles de lui fournir la meilleure héroïne du marché, puis a conclu un deal avec des officiers américains stationnés au Vietnam pour transporter d’énormes quantités de drogue dans les cercueils à double fond des soldats rapatriés aux États-Unis. J’ai trouvé cette histoire fascinante de bout en bout."18818847

Afin de cerner précisément qui était vraiment le charismatique Frank Lucas, et pour mieux l’incarner sur grand écran, Denzel Washington lui rendit visite et enregistra leurs échanges.

Il évoque son expérience aux côtés du célèbre malfrat : "Je n’ai pas tenté de l’imiter, mais de faire ressortir son charme, qui est le trait dominant de sa personnalité. Je lui ai seulement demandé de ne me divulguer aucune information qui pourrait m’obliger à témoigner contre lui !" L’acteur, qui recueillit également nombre d’informations sur les trafics de stupéfiants de l’époque, et tout particulièrement celui de Lucas, conclut : "Mon objectif n’était évidemment pas de glorifier son passé de dealer, mais d’essayer d’illustrer son désir de rachat."18818849

Dans American Gangster, Russell Crowe incarne lui l’Inspecteur Richie Roberts, qui tentera tout pour mettre fin aux agissement de Frank Lucas.

L’acteur évoque ce personnage avec des mots empreints de mystère : "Ce scénario n’est pas un documentaire. Il donne une vision nécessairement partielle des événements et contient aussi certains détails fictifs, relatifs à la vie de Roberts. La trajectoire de cet homme pétri de contradictions n’obéit à aucun schéma traditionnel et ne se résume pas en quelques mots. On peut seulement tenter d’en livrer une certaine image."

Pour attraper le mafrat Frank Lucas, l’Inspecteur Richie Roberts s’entoure d’une galerie de personnage haute en couleurs, qui forme la SIU, précurseur de la fameuse DEA (Drug Enforcement Agency).

Russell Crowe évoque cette bande et le travail de comédien durant les scènes de groupes : "C’est une bande pour le moins pittoresque et très animée. Nous avons largement improvisé notre dialogue avec la complicité de Ridley, qui donne une grande liberté à ses comédiens. Ces scènes demandaient une vigilance particulière. Il fallait connaître à fond les personnages et la situation pour maintenir le tempo et se renvoyer effi cacement la balle."

18828565 Le tournage d’American Gangster s’est bien entendu déroulé à New York, coeur-même des événements, à la fois dans le quartier de Harlem et sur les cinq sections de la ville, ainsi qu’à Long Island et dans une partie du Nord de l’État.

Ridley Scott, qui connaissait bien les quartiers populaires de New-York pour avoir passé de longs mois dans le Bowery au début des années 60, explique : "Je savais comment m’y prendre pour recréer en plans larges et dans toute sa dimension le Harlem de l’époque." L’équipe filma par ailleurs une petite partie du film en Thaïlande.

L’actrice Ruby Dee, qui a bien connu Harlem, résume bien l’époque abordée dans American Gangster et l’influence des fameux gangsters sur le quotidien : "L’époque dont traite ce film est encore présente dans ma mémoire. Les gangsters jouaient un rôle important dans notre communauté, ils y étaient pleinement intégrés. À Thanksgiving, deux ou trois jeunes venaient de leur part livrer la dinde traditionnelle aux habitants du quartier. À Noël, nous recevions des jouets. C’est seulement plus tard que j’ai fait le rapprochement entre ces actes de générosité, la pègre et les politiciens locaux." Cuba Gooding Jr., qui incarne l’un de ces gangsters, plus précisément le grand rival de Frank Lucas, raconte de son côté que "ces super-dealers étaient d’authentiques célébrités, au même titre que certaines de nos stars ou vedettes du sport. Ils entretenaient des liens étroits avec le peuple et les quartiers populaires."

Date de sortie : 14 Novembre 2007

Réalisé par Ridley Scott, avec Russell Crowe et Denzel Washington.

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