L’investiture présumée de John McCain comme candidat du parti républicain à la présidentielle de 2008 couronne une remarquable carrière de cinquante années passées au service de la nation. sen-john-mccain

Aviateur naval, prisonnier de guerre au Vietnam, député et sénateur, John McCain a toujours fait preuve des mêmes traits de caractère, ceux d’un homme au franc-parler, profondément attaché à ses valeurs et à ses principes, au sens du devoir incontournable et farouchement indépendant. Ces qualités, qui lui ont valu la colère systématique de ses geôliers nord-vietnamiens, et parfois la rancœur de ses collègues républicains, lui ont aussi acquis l’appui, et ont forcé l’admiration, de millions d’électeurs américains.

Celui dont on lit dans l’Almanac of American Politics qu’il est « ce qui correspond le mieux à un héros national en politique » (les médailles « Silver Star », 757-26web-McCain-minor_standalone_prod_affiliate_91 « Distinguished Flying Cross » et « Purple Heart » comptent au nombre des décorations qui lui ont été décernées), John McCain a affirmé une réputation qui n’était plus à faire en menant une campagne opiniâtre pour l’investiture du parti républicain à la présidentielle de 2000, laquelle avait capturé l’imagination de nombreux Américains. Malgré sa défaite, il s’impose en tant que l’un des membres du Sénat les plus respectés, en particulier dans les dossiers de sécurité nationale, et l’une des personnalités les plus en vue du parti républicain.

Plus que toute autre qualité peut-être, sa conception de l’honneur personnel forme la clé de voûte de son identité privée et publique.061119_McCain_vmed_widec

« En prison, où l’indépendance que je chéris était l’objet de risées et d’attaques, j’ai trouvé le respect de soi dans ma fidélité à mon pays », confie John McCain dans son autobiographie Faith of My Fathers [La foi de mes pères]. « L’honneur s’accompagne toujours d’obligations. Moi-même et les hommes avec lesquels je servais sous les drapeaux avions accepté les nôtres et nous étions reconnaissants de jouir de ce privilège. »

Les premières années

Fils et petit-fils d’amiral, John Sidney McCain est né le 29 août 1936 dans la zone du canal de Panama, à l’époque placée sous l’administration des États-Unis. En fait, le passé militaire de sa famille, originaire des hautes terres d’Écosse, remonte à la guerre d’indépendance des États-Unis, au XVIIIe siècle : l’un de ses ancêtres faisait partie de l’état-major de George Washington.

À l’image de bien des familles militaires, le jeune McCain mène une existence nomade, au gré des affectations de son père qui obligent ses parents à porter leurs pénates d’une base navale à l’autre. Cette façon d’être constamment « déraciné » pourrait avoir contribué à son indépendance de caractère. Comme il le dit lui-même, « à chaque fois que j’arrivais dans une nouvelle école, j’avais hâte de me faire de nouveaux amis, en jouant la carte de l’insolence, pour compenser la perte des précédents… Au fil des établissements scolaires, je suis devenu un incorrigible casse-pieds. »628px-John_McCain_interview_on_April_24,_1974

En 1954, John McCain sort diplômé du lycée Episcopal High School, situé à Alexandria (Virginie) et il tient son « rendez-vous incontournable » avec l’école navale des États-Unis, la prestigieuse U.S. Naval Academy. Là, il se lance « quatre ans durant dans un programme d’insubordination et de rébellion ». Il se fait une réputation de bon vivant toujours prêt à faire la fête, accumule les points de mauvaise conduite et peine à faire ses études. Mais il s’accroche et sort diplômé de l’école navale en 1958, dans les cinq derniers de sa promotion.

Aviateur naval et prisonnier de guerre

Officier naval, il suit des cours dans une école de pilotage de Pensacola, en Floride, qui lui décerne son brevet de pilote. Au début des années 1960, il participe à plusieurs déploiements sur des porte-avions en Méditerranée. Mais vers le milieu de cette décennie, alors que les États-Unis s’impliquent de plus en plus dans la guerre du Vietnam, John McCain commence à aspirer à des postes de commandement et il est convaincu que le meilleur moyen d’arriver à ses fins consiste à se doter d’états de service crédibles.

Affecté à l’USS Forrestal dans le golfe du Tonkin, au large des côtes du Vietnam, en 1967, il frôle la mort quand un effroyable incendie balaie le pont d’envol et embrase son avion d’assaut A-4 en attente de décollage. Peu de temps après, il est muté dans une autre escadrille à bord de l’USS Oriskany.John_McCain

Sa vie bascule le 26 octobre 1967. Alors qu’il effectue un bombardement aérien contre une centrale électrique d’Hanoï, un missile sol-air déchire l’aile droite de son avion A-4. Abandonnant son aéronef irrémédiablement abîmé, il atterrit en parachute dans un lac au milieu de la ville, se cassant les deux bras et un genou. Immédiatement fait prisonnier, il commence une période de cinq ans et demi de détention, souvent émaillée de sévices et d’actes de torture, dans une série de camps nord-vietnamiens de prisonniers de guerre.

À l’instar d’autres prisonniers de guerre américains, John McCain est la cible fréquente de passages à tabac et d’interrogatoires brutaux aux mains de ses geôliers qui veulent obtenir des renseignements militaires ou soustraire des déclarations à des fins de propagande anti-américaine. Après avoir refusé une libération anticipée, il est roué de coups d’une telle férocité, plusieurs jours durant, qu’il finira par signer une confession, acte qui le plonge dans le désespoir et la honte. Mais il reprendra du poil de la bête et gagnera la réputation bien méritée d’être un « dur à cuire », le plus grand compliment que ses collègues prisonniers confèrent aux plus durs d’entre eux.McCainAmericanFlag

John McCain attribue sa capacité d’avoir enduré sa captivité, y compris deux ans d’isolement cellulaire, à sa foi – sa « foi en Dieu, foi dans les États-Unis, foi dans les autres prisonniers de guerre ». Évoquant la résistance et la bravoure de ses camarades, il dira plus tard que ses anciens compagnons « étaient une lanterne pour moi, une lanterne de courage et de foi qui illuminait le chemin du retour au pays dans l’honneur, et je luttais contre la panique et le désespoir pour rester dans sa lumière ».

Son entrée sur la scène politique

Après la signature de l’accord de paix entre les États-Unis et le Vietnam du Nord, en janvier 1973, qui incluait la libération de tous les prisonniers de guerre, John McCain recouvre la liberté le 15 mars de cette année-là. Malgré la gravité de ses blessures de guerre – on le voit boiter lorsqu’il descend de l’avion qui le ramène à la liberté -, il parvient à réintégrer son poste d’aviateur naval au prix d’intenses séances de rééducation.John-McCain-1-4

De 1973 à 1974, il fréquente le National War College, sis à Washington, où il rédige une thèse portant sur la résistance des prisonniers de guerre pendant leur captivité. Mais c’est une nomination ultérieure qui imprimera une toute nouvelle direction à sa vie. En 1977, il commence à travailler comme officier de liaison auprès du Sénat. Dans ce rôle, note le New York Times, il « se délectait des joutes législatives et (…) il noua des amitiés personnelles ainsi que des liens de collaboration professionnelle de part et d’autre de la fracture idéologique, une façon de procéder qui sera caractéristique de sa carrière ultérieure au Sénat ».

Retraité de la marine en 1981, après avoir refusé l’offre d’une promotion au rang d’amiral, John McCain s’installe dans l’Arizona, l’État dont est originaire sa deuxième femme, Cindy, qu’il a épousée en 1980. En 1982, il brigue son premier poste électif et décroche un siège à la Chambre des représentants en qualité de député de la première circonscription parlementaire de l’Arizona, remportant 66 % des suffrages. Réélu en 1984, il briguera deux ans plus tard le siège au Sénat laissé vacant par le départ à la retraite de Barry Goldwater (candidat républicain à l’élection présidentielle de 1964).

Lors de ses premières années au Sénat, John McCain se concentre sur des dossiers en rapport avec son expérience personnelle, notamment en matière de défense nationale, d’aide aux anciens combattants et de normalisation des relations avec le Vietnam, travaillant sur cette dernière question avec le sénateur John Kerry, démocrate, lui-même héros de la guerre du Vietnam. Des années plus tard, lorsque John Kerry sera le candidat démocrate à la présidence et la cible d’attaques politiques, John McCain prendra la défense de son collègue accusé d’avoir présenté ses états de service militaire sous un faux jour.who-is-john-mccain

Il n’est pas rare que John McCain tende la main à ses collègues démocrates. Il essaie de forger un consensus avec eux sur les moyens de résoudre des questions complexes et controversées. À cet égard, il connaît sa part de succès, comme dans le cas de la normalisation des relations avec le Vietnam, comme sa part d’échecs, par exemple lorsqu’il tente avec le sénateur Edward Kennedy de s’attaquer à l’épineuse question de l’immigration illégale.

Tout au long de ses quatre mandats au Sénat, John McCain vote la plupart du temps conformément aux convictions politiques des républicains classiques : forte défense nationale, faible charge fiscale, opposition au militantisme des juges et opposition à l’avortement. Mais il passe aussi pour un non-conformiste, par exemple lorsqu’il plaide pour la réforme du financement des campagnes électorales ou qu’il s’insurge contre la politique de l’assiette au beurre ou encore contre la pratique qu’ont les législateurs d’alourdir les lois de finances de toutes sortes de projets locaux destinés à leur attirer la reconnaissance – et partant les suffrages – de leurs électeurs.

Candidat à la présidence

C’est en 2000 qu’il sollicite pour la première fois l’investiture du parti républicain à la présidentielle. Plus d’un électeur est séduit par sa franchise, son humour, sa tendance à l’autocritique et son franc-parler, qualités qui non seulement retiennent l’attention de la nation, mais qui lui valent aussi l’appui tant de républicains que de démocrates. Il surnomme l’autobus dans lequel il se déplace pendant les primaires le « Straight Talk Express ». John McCain remportera une victoire impressionnante, et inattendue, contre le poulain présumé du parti républicain, George W. Bush, lors des premières élections primaires du pays, toujours importantes, tenues dans le New Hampshire. Par la suite, sa campagne obtient des résultats décevants : John McCain ne retient pas l’attention d’un nombre suffisamment important de républicains dans les autres États. Après plusieurs défaites dans de grands États, tels la Californie et le New York, il met fin à sa campagne et finira par appuyer la candidature de George W. Bush, lequel remettra la Maison-Blanche entre les mains des républicains aux élections de novembre.20080120McCain

Dans les années qui suivent, John McCain reste très présent sur la scène politique nationale. En 2002, le Congrès finit par adopter la loi qui fera date sur la réforme du financement des campagnes électorales et qui a pour auteurs John McCain et son collègue démocrate, Russ Feingold. Partisan d’une vigoureuse politique de défense nationale, John McCain appuie la décision d’envahir l’Irak en 2003, mais il se montrera très critique quant à la façon dont la guerre sera livrée dans les premiers temps.

Réélu au Sénat en 2004 pour un quatrième mandat, avec 77 % des suffrages exprimés contre 21 % pour son rival, John McCain passe au départ pour l’un des plus solides prétendants à l’investiture du parti pour l’élection présidentielle de 2008, si ce n’est le prétendant présumé. Malgré tout, un grand nombre de candidats républicains entrent en lice et commencent à s’organiser en 2007 en perspective du marathon des primaires et des caucus de l’année suivante. Sur cette toile de fond, la campagne de John McCain commence à imploser, avec tous ses remaniements de personnel, ses graves problèmes financiers et son candidat en perte de vitesse dans les sondages.

La ténacité de John McCain – cette qualité-même qui l’a aidé à endurer ses années de captivité au Vietnam – se révélera indispensable pour surmonter cette période difficile. « J’ai une stratégie très compliquée pour vous », lui dit l’un de ses conseillers. « Restez dans la course jusqu’à ce qu’il ne reste plus personne d’autre. »20080130McCain

C’est précisément ce que fait John McCain. Il fait l’impasse sur les caucus de l’Iowa, les premières consultations populaires du pays, et se concentre sur la première primaire, qui aura lieu le 8 janvier dans le New Hampshire, lieu de sa grande victoire en 2000. Il passe des mois dans cet État et participe à cent une assemblées publiques locales pour se faire mieux connaître des électeurs du New Hampshire, farouchement indépendants. Son pari se révélera payant : il remporte une victoire clé sur ses principaux rivaux républicains. Dans les États qui votent après le New Hampshire, les électeurs accordent la préférence soit à lui, soit au gouverneur du Massachusetts, Mitt Romney, soit à l’ancien gouverneur de l’Arkansas, Mike Huckabee. John McCain conforte sa place de favori le jour des primaires du « super mardi », le 5 février, où plus d’une vingtaine d’États organisent leurs consultations populaires. John McCain l’emporte dans des États très peuplés, tels la Californie, l’Illinois et l’État de New-York, et prend une telle avance sur ses rivaux en matière de décompte des délégués que personne ne pourra le rattraper. Le 4 mars, les victoires qu’il remporte dans l’Ohio et au Texas lui permettent de franchir la barre des 1.191 délégués dont il a besoin pour obtenir l’investiture de son parti.

Une présidence McCain ?

La question de l’âge de John McCain s’est posée pendant la campagne. S’il était élu, John McCain aurait 72 ans quand il prêterait serment : ce serait un record de vieillesse pour un premier mandat. Il essaie de désamorcer les inquiétudes que suscitent son âge et son état de santé en se fixant un emploi du temps chargé dans le cadre de sa campagne et en se moquant de lui-même – sur le ton de la plaisanterie, il aime à dire qu’il est « vieux comme le monde » et qu’il a « plus de cicatrices que Frankenstein ». Peut-être envoie-t-il aussi un message subtil sur sa santé et sa vitalité, qu’il veut montrer compatible avec les exigences de la présidence, en se faisant accompagner lors de rassemblements politiques par sa mère, Roberta, vieille dame de 96 ans qui respire la santé.

John_mcCain_682_431646a Le programme électoral de John McCain reflète son attachement à un bon nombre de priorités républicaines classiques, mais aussi une certaine volonté d’imprimer une nouvelle direction quand il l’estime nécessaire. Farouche partisan du renforcement des effectifs américains en Irak dès que cette mesure a été proposée, il plaide pour le maintien de la présence des États-Unis en Irak et en Afghanistan tant que ces pays ne seront pas stables ainsi que pour la poursuite d’une lutte antiterroriste agressive – autant de prises de position qui sont des principes de la politique actuelle des États-Unis. En matière de politique énergétique, John McCain préconise le recours accru à l’énergie nucléaire et au forage pétrolier en mer ; sur le plan économique, il recommande de pérenniser les importantes réductions d’impôt mises en place sous le gouvernement Bush.John_McCain5

Sur d’autres dossiers, en revanche, John McCain promet de se démarquer du gouvernement actuel. Par exemple, il se dit favorable à un plus haut degré de collaboration avec les alliés des États-Unis en matière de politique étrangère. En outre, il s’engage à prendre des mesures plus musclées pour lutter contre le réchauffement planétaire et le changement climatique, et notamment à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 60 % d’ici à 2050.

Indépendamment du verdict des urnes en 2008, John McCain restera indubitablement au service du pays auquel il a consacré toute sa vie. On le comprend aisément à la lecture d’un passage simple, mais éloquent, tiré de son autobiographie et dans lequel il médite sur une leçon qu’il a apprise durant sa captivité au Vietnam.

« Ce n’est qu’après l’avoir perdue un temps que j’ai compris à quel point j’aimais l’Amérique ».

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