Aux Etats-Unis, la plaque d’immatriculation est depuis toujours bien plus qu’un simple moyen d’identifier un véhicule : c’est aussi et surtout un ornement caractéristique et très folklorique.

Ces objets aux couleurs vives sont aujourd’hui devenus un véritable phénomène de société aux Etats-Unis et séduisent les collectionneurs jusqu’en Europe.Kim-Reierson-california_dre

Quels sont les raisons pouvant expliquer l’attirance du passionné européen pour les plaques américaines ? Sans doute le nom même des Etats et des territoires inscrits sur chacune de ces plaques : des noms qui évoquent dans notre imaginaire des lieux mythiques, que nous connaissons tous, même si nous ne les avons visités qu’à travers les séries et les films américains. Nous avons tous pu admirer, dans les productions hollywoodiennes, des plaques portant un mot d’esprit, le prénom du propriétaire, le nom de son équipe préférée ou un simple acronyme que seuls l’automobiliste et quelques initiés peuvent déchiffrer.

Californie Les plaques d’immatriculation américaines sont nées il y a plus de 100 ans. Leur histoire coïncide de fait avec celle du succès de l’automobile au début du XXème siècle. Les Etats-Unis connaissaient alors une croissance industrielle spectaculaire, la plus rapide du monde, qui touchait également le secteur de l’automobile.

Les premières plaques étaient souvent fabriquées en métal émaillé de différentes couleurs. Dans de nombreux états, il incombait au propriétaire de s’équiper, ce qui avait pour conséquence une grande variété de modèles et de matériaux.

Plus tard, entre 1903 (dans le Massachusetts) et 1918 (en Floride), tous les Etats américains se mirent à distribuer aux automobilistes des plaques d’immatriculation standard, dont la fabrication était confiée aux détenus dans les pénitenciers (c’est encore le cas aujourd’hui, ce qui permet à l’administration de faire des économies et aux détenus de gagner un peu d’argent et d’avoir une activité professionnelle encadrée).Dakota du sud

A cette époque, les modalités d’immatriculation se distinguaient déjà des normes européennes : les plaques étaient distribuées une fois par an, avec l’année de validité moulée dans le métal et des couleurs et des styles qui variaient chaque année. La plaque était donc également un certificat de paiement attestant au premier coup d’œil que l’automobiliste avait payé la taxe de circulation.

Cette caractéristique, associé au fait que la plaque était et restait la propriété de l’automobiliste, et qu’il pouvait donc en disposer à sa guise une fois qu’elle n’était plus valable, fut à l’origine des premières collections : de nombreux automobilistes se mirent en effet à tapisser les murs de leur garage ou de leur cabane à outils avec les plaques récupérées au fil des ans. Les plaques devinrent également un objet de décoration typique dans les bars et restaurants.Kansas

Pendant la Première Guerre Mondiale, l’industrie des armes avait besoin de tous les métaux disponibles : c’est ainsi que de nombreux Etats furent obligés d’introduire des modèles de plaques prévus pour durer plusieurs années.

En 1924, alors que moins de 100 000 véhicules circulaient en France, les Etats de New York et de Californie dépassaient le million d’automobiles immatriculées ! Dans les premières années du XXème siècle, il sembla donc nécessaire aux législateurs de rédiger des règles régissant l’utilisation de ces nouveaux véhicules : le nombre d’automobiles allait en s’accroissant, et avec les premiers accidents de la route, il devint évident qu’il fallait trouver un moyen d’identifier un véhicule et son propriétaire. Les Etats, les comtés et même les municipalités commencèrent à tenir des registres recensant soigneusement tous les véhicules en circulation, et à imposer des taxes. Les automobilistes furent ainsi obligés d’afficher clairement sur une plaque les éléments de l’immatriculation.Michigan

L’époque où l’on sortait une plaque chaque année, en ne modifiant parfois que la couleur du fond et la date de validité, était finie. Une nouvelle ère venait de commencer sous le signe de la variété et de l’imagination. Dès les années 20, certains Etats exploitèrent les plaques d’immatriculation pour vanter leurs attractions touristiques et leurs traditions culturelles. C’est ainsi que les premiers graphismes firent leur apparition, et avec eux les slogans attirant l’attention de ceux qui voyaient la plaque sur certains lieux touristiques. Les pionniers furent l’Idaho et le Massachusetts, en 1928 : le premier introduisit le dessin d’une pomme de terre sur le fond de ses plaques accompagné du slogan « Idaho Potatoes », pour vanter le principal produit de l’agriculture locale. Le second opta pour une petite silhouette de baleine entre le nom de l’Etat et l’année de validité, pour symboliser la florissante industrie de la pêche au gros.Nebraska

Par la suite, tous les autres Etats, à des époques diverses, se mirent à enrichir leurs plaques d’immatriculation de symboles graphiques et de divers slogans qui contribuèrent à alimenter l’intérêt pour ces objets. Des motifs de plus en plus colorés et complexes furent introduits sur les plaques à partir des années 60, avec l’arrivée de la sérigraphie sur métaux laminés réfléchissants. La première grande occasion de mettre à l’épreuve les nouvelles techniques graphiques fut donnée par la célébration du bicentenaire de l’Union en 1976 : de nombreux Etats émirent alors des séries spéciales avec des motifs assez marquants, toutes dans les couleurs du drapeau américain : le bleu, le blanc et le rouge. A compter de cette date, le graphisme s’impose définitivement sur les plaques d’immatriculation, dans une explosion de styles et de couleurs, et avec des motifs décoratifs de plus en plus élaborés.

Quel avenir pour les plaques américaines ?Wyoming

On peut essayer de l’imaginer en observant les innovations techniques de ces dernières années : le graphisme digital permet d’introduire des codes-barres utiles aux forces de l’ordre, des hologrammes ou des filigranes pour lutter contre la contrefaçon ; certaines plaques peuvent être fabriquées selon des techniques entièrement digitales, le numéro d’immatriculation n’étant alors plus en relief, mais simplement imprimé sur un support réfléchissant.

Les collectionneurs ont vraiment de quoi nourrir leur passion : des vieilles plaques émaillées poussiéreuses du début du XXème siècle aux tout derniers modèles colorés et graphiques, en passant par les plaques décorées des années folles : un panorama que l’on peut aujourd’hui comparer à celui de la philatélie ou de la numismatique, et qui peut devenir un hobby passionnant et très original.

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