A l’heure ou le candidat démocrate Barack Obama annonce officiellement le nom de son colistier à l’élection présidentielle américaine de 2008. S’il venait à être élu, c’est l’expérimenté Joseph Biden, qui endosserait les fonctions de Vice-Président des Etats-Unis.

Cette évènement dans l’actualité nous permet de s’intéressait aujourd’hui à une fonction de la scène politique américaine qui pour nous français est totalement inconnu, celle de Vice-Président.600px-US_Vice_President_Seal_svg

Le Vice-président des États-Unis est le premier sur la ligne de succession présidentielle, il succède au Président en cas de décès, démission, incapacité ou impeachment de ce dernier. Il est élu en même temps que ce dernier par le même collège électoral de grands électeurs.

Bien que considéré comme le second personnage de l’exécutif américain, la Constitution américaine ne donne aucun rôle exécutif au vice-président. Il peut se voir attribuer des fonctions par le Président des États-Unis mais il n’agit alors que comme un agent du président.

Beaucoup de vice-présidents dans le passé n’ont exercé aucun rôle dans l’exécutif.

Constitutionnellement, le vice-président est le président ex officio du Sénat des États-Unis. Ce rôle ne lui octroie que peu de pouvoir sur les affaires de l’État et le cantonne à un travail essentiellement procédural. Il est tenu de ne pas intervenir dans les débats au Sénat. Cependant, il a la possibilité, en cas d’égalité au Sénat, de faire jouer sa voix pour éviter le blocage de la Chambre haute.09-troops-v2566-28-db-398h

Le douzième amendement de la Constitution des États-Unis déclare que « aucune personne constitutionnellement inéligible à la fonction de Président ne sera éligible à celle de Vice-président des États-Unis. » Cependant contrairement à la limitation de deux mandats imposé à la Présidence par le XXIIe amendement de la Constitution, il n’y pas de restriction du nombre de mandats que peut exercer une personne à la Vice-présidence.

Pour servir à la Vice-présidence, une personne doit être :05-redroom-v2520-23-db-398h

 

  • né citoyen américain et avoir au moins 35 ans ;
  • avoir vécu aux États-Unis pendant au moins 14 ans ;
  • être éligible au poste de Président (tel que défini dans le XXe amendement).

Le candidat à la vice-présidence des principaux partis politique est formellement choisi lors de la Convention de chaque parti qui se tient quelques mois avant l’élection, à la suite du choix de leur candidat à la présidence. v011606db-0061-398h

Le processus officiel est le même que pour le choix du candidat à la présidence avec un vote des délégués lors de cette Convention. Dans la pratique, le candidat à la présidence influe considérablement sur le choix et au cours du XXe siècle, il est devenu habituel que ce dernier, une fois assuré de l’investiture de son parti, choisisse son running mate, son candidat à la vice-présidence, formant alors un ticket pour l’élection. Ce choix est ensuite entériné les délégués de la Convention.

Le choix du candidat à la vice-présidence repose sur des considérations hautement électorales : un candidat qui puisse renforcer le candidat à la Présidence dans des États (le ticket Kennedy-Johnson de 1960) ou dans des domaines de compétences (les tickets Clinton-Gore en 1992 ou Bush-Cheney en 2000) où il manifeste des lacunes. Le choix peut aussi permettre d’unifier le parti et de le mettre en bonne ordre de bataille pour la campagne électorale dans le cas de primaires divisant le parti.08-afii-v1554-12-db-398h

Pendant les 200 premières années de l’histoire des États-Unis, la vice-présidence sera essentiellement un rôle honorifique, sauf en cas de décès du Président.

En 1933, Franklin D. Roosevelt accru la stature du Vice-président en renouvelant la pratique de le convier aux réunions du Cabinet, ce qui sera maintenu par tous les présidents par la suite. Après la mort de Roosevelt, Truman devint président. Le besoins de garder le vice-président au courant des questions de sécurité national devint clair. Le Congrès fit donc du vice-président l’un des quatre membres statutaires du Conseil national de sécurité en 1949.

À partir de 1961, le rôle de vice-président va prendre de l’ampleur avec la nomination, par le Président John F. Kennedy, du vice-président Lyndon B. Johnson à la tête, entre autres, du programme spatial national (qui devait par la suite devenir la NASA).

Le Président Jimmy Carter fut le premier président a formellement accordé à son vice-président, Walter Mondale, un bureau dans l’aile Ouest de la Maison Blanche et lui donna quelques responsabilités. Bill Clinton et son vice président Al Gore étendront le rôle du vice-président, Gore s’impliquant au Conseil national de sécurité et possédant de nombreuses prérogatives dans les domaines économiques et des affaires étrangères.03-phone-v2532-21-db-398h

À la suite des attentats du 11 septembre 2001, le Président donne de larges pouvoirs à Dick Cheney, créant un exécutif à deux têtes pour que l’État ne soit pas paralysé en cas d’attaque terroriste contre le Président Bush, contraint par les circonstances et son manque de connaissance des dossiers, voit plus son vice-président comme un bras droit que comme un remplaçant en retrait des affaires publiques.

Souvent le vice-président va prendre des positions plus extrêmes que le Président pour contenter la base sans couper le Président de l’opinion publique. Il peut aussi servir de remplaçant au Président pour les visites à l’étranger : montrer le soutien ou l’intérêt du gouvernement sans pour autant envoyer le Président en personne.

En cas d’incapacité du vice-président, c’est le speaker de la Chambre des représentants des États-Unis, deuxième sur la ligne de succession présidentielle qui est nommé président.

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L’actuel vice-président des États-Unis est Richard Bruce "Dick" Cheney depuis 2001.

Les bureaux officiels du vice-président se situent dans le Old Executive Office Building, à proximité immédiate de l’aile Ouest (West Wing) de la Maison Blanche où il peut d’ailleurs, suivant sa proximité avec le Président, également disposer d’un bureau.01-oval-v2334-11-db-398h

Sa résidence officielle est depuis 1974 le Number One Observatory Circle, une maison sur les terrains de l’Observatoire naval des États-Unis à Washington. Auparavant, il résidait dans son domicile privé.

Un Vice-Président en France ?

L’idée n’est pas absurde est a même été évoqué par le Premier Ministre, François Fillon en juillet 2007. Il a évoqué, lors d’un tchat, l’idée, en France, d’un système bicéphale. Si le pays y était prêt, François Fillon ne verrait aucun inconvénient à la disparition du Premier ministre. Dans la France « audacieuse » qu’il entend bâtir, le chef de l’Etat serait aussi le chef du gouvernement. Il serait assisté d’un vice-président. « La logique des institutions que je souhaite, si on la pousse jusqu’au bout, c’est le vrai régime présidentiel. On a un président de la République qui dirige le gouvernement lui-même», a expliqué François Fillon, précisant toutefois qu’à son avis, « la France n’est pas aujourd’hui prête à accepter un système comme celui-là ».

Affaire à suivre, en tout cas, Nicolas Sarkozy, qui s’inspire dans sa manière de gouverner de celui des Etats-Unis à certainement déjà penser à un système double et à la nomination qui sait, un jour ou l’autre, d’un Vice-Président à la française.

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